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En attendant ..... le jour d’après ...../2

  • La Mère Aimée . La Clarté-Ploumanach
  • Mademoiselle Julia . Pont-Aven
  • Pension Gloanec . Pont-Aven

Durant les quelques semaines ( ? ) qui nous séparent du « jour d’après » , la galerie Stephan propose de vous raconter des histoires courtes sur la peinture bretonne.

des auberges et des peintres, en Bretagne.

- Dés la fin du XIXe siècle, force est de constater que dans chaque site pictural breton , les artistes qui s’y côtoient, s’organise autour d’une auberge ou d’un café, où la qualité de l’accueil séduit la colonie de peintres présente.
- Force est de constater également que ces auberges accueillant des artistes sont presque exclusivement, en Bretagne, tenues par des femmes....
- Ces artistes y trouvent-ils un ersatz de foyer au sens large du thème ?
- L’aubergiste bretonne serait-elle comme une mère pour le peintre ?

Essayons de relater quelques traits de cette histoire presque fusionnelle auberges/ peintres.

Lorsque Paul Gauguin envisage un premier séjour à Pont-Aven en 1886.....Une des raisons principales pour justifier son départ, auprès de Mette, son épouse, est la nourriture généreuse et saine dans des auberges dont on lui a vanté les prix extrêmement modiques. Il parle de Pont-Aven comme d un petit trou pas cher .
A Pont -Aven trois femmes tiennent auberges :
- Marie Jeanne Le Gloannec (1839-1915) dite « la mère Gloanec » ( A noter que dans ce diminutif, Gloanec ne s’écrit plus qu’avec un seul « n ».
- Julia Guillou ( 1848-1927 ) dite « Mademoiselle Julia »
- Angélique Satre (1868-1932 ) dite « La Belle Angèle »
Il est amusant de noter que chacune a un petit nom, adopté à l’unanimité par l’ensemble de la communauté artistique qui fréquente ces établissements. Signe d’amitié et de proximité.... Lien indéniable d’abord entre les peintres mais aussi entre « hors venus » et autochtones.
Chacune de ces femmes a sa personnalité ,avec une auberge qui lui ressemble .
A la pension Gloanec, créée en 1860, pour n’en citer qu’une, Gauguin occupe un atelier dans le grenier aménagé. Les aubergistes soucieux de satisfaire leur clientèle de rapins, font rapidement installer des ateliers avec verrières dans les derniers étages. Ainsi, Mademoiselle Julia, à l’hôtel des voyageurs installe plusieurs ateliers avec de grandes baies. ( L’actuel musée de Pont-Aven qui se trouve à l’emplacement de l’hôtel Julia les a restaurées et conservées ).
Une véritable estime naît entre les hôtesses et les artistes. Ces derniers se font un point d’honneur à décorer les salles de restaurant de leurs toiles. ..( Maurice Denis rachète en 1905 aux descendants une toile que Gauguin avait offert à la Mère Gloanec ). Les hôtesses font aussi facilement crédit et acceptent souvent ces toiles comme solde de tout compte.
Pour le simple plaisir d’embellir l’auberge de la Mère Gloanec.. ..mais aussi souligner que cette auberge est l’auberge des peintres et ainsi marquer un territoire.... l’identifier en tant que tel au premier regard...., un tableau est réalisé par un collectif de peintres pour servir d’enseigne .
Gauguin ne tarira pas d’éloges sur son hôtesse, réputée pour sa bienveillance maternelle et ses repas pantagruéliques .,. L’entrée chez Gloanec, vous met immédiatement de bonne humeur. Car on arrive de suite dans la grande cuisine qu’il faut traverser pour entrer dans la salle à manger. Il dira aussi pour évoquer les talents de cuisinière de son hôtesse : c’est une nourriture à engraisser sur place.
Si le qualificatif de « mère » est souvent employé pour les tenancières d’auberges ( la Mère Poulard au Mt St Michel,....etc ) il revêt aussi pour ces artistes une connotation affective évidente. La renommée de gentillesse, d’affection, de disponibilité de Marie Jeanne le Gloannec envers ses pensionnaires est connue de tous et largement répandue.

Ailleurs qu’à Pont-Aven, d’autres sites picturaux racontent les mêmes relations et les mêmes attachements : Le Pouldu avec l’hôtel de Marie Henry dite « Marie Poupée », Concarneau avec le bar d’Armande sur le quai Pénéroff, Perros-Guirec -Ploumanach avecL’auberge de la Mère Aimée, etc....etc...

L’auberge d’ Aimée Le Gall à La Clarté- Ploumanach.

Aimée le Gall dite « la Mère Aimée » tient un débit de boisson à Ploumanach ...la touffe de gui accrochée au dessus de la porte en informe le quidam. ( elle tient son auberge entre 1890 et 1900) - -Comme la Mère Gloanec à Pont-Aven, la réputation de notre ploumanacaine est fondée sur les mêmes qualités : affabilité, bienveillance, sourire, repas pantagruéliques. Pour anecdote, en sus des prix modiques, le cidre est à volonté ! Charles le Goffic évoque son hôtesse : Une grosse commère aux yeux d’innocence, au visage pétri de bonheur, qui pour 3 francs par jour, cidre, café, pousse-café compris, assurait sous son chaume le vivre et le couvert.

- Autre similitude, une enseigne réalisée par le dessinateur Sinet, servira bientôt d’enseigne à l’estaminet. Même appropriation qu’ à Pont- Aven : les faits sont posés et l’on sait dans quel genre d’établissement on pénètre !!
Nous pouvons néanmoins souligner quelques différences avec les auberges de Pont-Aven :
- l’auberge de la Mère Aimée est d’abord un rendez -vous d’intellectuels.
- Charles le Goffic, Anatole le Braz, Léon Durocher, Théodore Botrel, Charles Barré avocat, Gabriel Vicaire, en sont les piliers.
- Café littéraire donc, aux multiples anecdotes, avant d’être un lieu de peintres.
- Cependant, quelques années plus tard, les peintres qui arrivent à Ploumanach, fréquentent ce lieu incontournable : Ainsi en est il de Théophile Salaün ( il peint un tableau représentant l’intérieur de l’hôtel qui est exposé actuellement à la mairie de Lannion), Raymond Lefranc, Gaston Prunier, Ferdinand Gueldry, Jean Brunet, Ary Renan,....et d’autres.

La cohésion d’un groupe.

Ces auberges tenues par des femmes, à travers toute la Bretagne ( on pourrait en nommer d’autres ) ont largement participé à la cohésion d’un groupe. Les artistes qui les fréquentent, sont venus y chercher nourritures terrestres, nourriture intellectuelle, chaleur, amitiés humaines, réconfort. Ces lieux, au départ ordinaires, sont entrés dans l’histoire de la peinture. Les rapins y ont partagé leurs réflexions sur leur art, sur ce qu’ils cherchaient à atteindre, leurs espoirs, leurs déceptions.....
Ces aubergistes femmes sont aussi entrées dans l histoire. Sans elles, sans leur charisme, il aurait sans doute manqué quelque chose de précieux aux peintres de Pont-Aven , de Perros-Guirec-Ploumanach ou autres sites picturaux bretons.

Bibliographie : Pierre Le Peillet « Figures du Trégor-Goëlo »
Bernard Boucheix « Les aubergistes bretonnes »
André Le Person « Charles Barré »
Claude Berger et Françoise Racine « Du côté de Perros »

A suivre....... « Les peintres du Trieux ».

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