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En attendant..... le jour d’après..... /4

  • Maurice Denis
  • Paul Gauguin

Durant les quelques semaines ( ? ) qui nous séparent du « jour d’après » , la galerie Stephan propose de vous raconter des histoires courtes sur la peinture bretonne.

Ce qu’ils ont dit.....

Amusons nous et survolons d’une manière légère ( mais un peu sérieuse quand même ! ), quelques phrases célèbres et parfois très célèbres, prononcées ou écrites par les peintres qui ont trouvé l’inspiration en Bretagne.
.Le 14 Août 1888, Gauguin (1848-1903 ) écrit à Schuffenecker : j’aime la Bretagne, j’y trouve le sauvage, le primitif. Quand mes sabots résonnent sur ce sol de granit, j’entends le ton sourd, mat et puissant que je cherche en peinture.
Il ajoute : Un conseil, ne copiez pas trop d’après nature. L’art est une abstraction.
Quelques mois plus tard, en Octobre 1888, Paul Sérusier, sous la direction de Gauguin, exécute un petit tableau sur panneau de bois, qui sera baptisé plus tard par les nabis : le Talisman.
Comment voyez vous cet arbre ? Il est bien vert ? Mettez donc du vert, le plus beau de votre palette. ..et cette ombre, plutôt bleue ? Ne craignez pas de la peindre aussi bleue que possible.
Ce tableau exécuté au Bois d’Amour ,sous la dictée de Gauguin, petit par la taille, est immense par le message qu’il véhicule.
Ce paysage du Bois d’Amour, a fédéré le mouvement nabi et inaugure la modernité picturale et les débuts de l’art abstrait. Sérusier voit en ce tableau une « leçon de peinture » qu’il s’empresse de partager et qui sera l’acte fondateur du mouvement nabi.
- . Maurice Denis, ( 1870-1943 ) le nabi aux belles icônes, à qui Sérusier offrira Le Talisman, y trouve les bases d’ une nouvelle conception de la peinture : Avant d’être un cheval de bataille, une femme nue ou une quelconque anecdote, se rappeler qu’un tableau est essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées.
- . Paul Sérusier ( 1864-1927 )dans son ABC de la peinture ,en 1921, institutionnalise ces mêmes fondements : Composer, c’est juxtaposer des formes dans une surface donnée ou choisie. Ces formes sont nécessairement empruntées à nos sensations, ou mieux, aux images mentales qu’elles engendrent.
Le primitif et le sauvage.... Toute sa vie Gauguin les cherchera… Déjà quand il quitte Pont-Aven pour le Pouldu, bien avant les îles, en Août 1889, insatisfait de son travail et de ses recherches, il confie à Emile Bernard : Ce que je désire, c’est un coin de moi même encore inconnu.
Toute sa vie, il avancera pas à pas, intimement persuadé du bien fondé de ses investigations, de ce maillon important qu’il est, lui, Paul Gauguin, dans l’histoire de la peinture et du but qu’il va atteindre forcément :
Il n’y a pas de chef-d’œuvre, si ce n’est l’œuvre totale.

Après le départ de Gauguin, les peintres de Pont Aven s’éparpillent... Une époque se termine.
Parallèlement à cette école, fondatrice de la modernité et après laquelle, rien ne sera plus jamais pareil, d’autres peintres dans d’autres lieux se questionnent pareillement .

- . Charles Henry Fromuth ( 1858- 1937) a choisi Concarneau comme port d’attache. Malgré la proximité avec Pont- Aven...notre peintre garde ses distances avec les rapins disciples de Gauguin. Dans le japonisme, Fromuth trouve un écho à ses propres recherches. Trois éléments sont significatifs et fondateurs dans tout son œuvre : le japonisme, le mouvement et la mer. En associant le fusain et le pastel , fabriquant lui même ses couleurs , il exécute un ensemble aussi époustouflant qu’atypique. Toute sa vie n’est que recherches et réflexions sur son art : Ce dont un artiste a besoin , c’est d’un nouveau langage de la couleur. Dans ses lettres, il affirme : Je n’ai jamais aimé qu’un dieu : l’art.... Je suis ainsi fait.
Vers la fin de sa vie, il raconte : Je suis le découvreur d’une certaine manière de peindre le port au pastel et au fusain. Observer un port, en pénétrer le sens pour créer une œuvre artistique a été toute ma vie.

Plus tard, d’autres générations de peintres vont exalter la Bretagne . Leurs recherches ou leurs réflexions, identiques ou différentes , les animent de la même passion.

- Geneviève Asse ( 1923), de retour dans le Morbihan de son enfance, décline les innombrables modulations de son bleu entre ciel, mer et lumière : Je voyage avec mes bleus.... Je ne fais qu’un avec cette couleur... C’est un langage. Soucieuse de capter la lumière et l’espace... Chez elle, l’espace est sujet absolu. Il y a toujours eu du bleu dans ma peinture.... Il est venu me chercher puis s’est graduellement répandu.
Très proche de la nature, elle affirme : La meilleure école, reste pour moi, celle du silence de la nature. Si ses toiles sont nourries de l’observation de cette nature, elles sont également nourries d’intériorité.
Je voudrais que le spectateur qui s’arrête devant ma peinture la regarde longuement. Je voudrais qu’il y pénètre.

Terminons cette suite de réflexions de peintres, choisie d’une manière parfaitement arbitraire, et très loin d’être exhaustive, par deux phrases d’ Odilon Redon que j’aime particulièrement :
On dirait que dans l’air celtique, il s’est accumulé un long dépôt de l’âme humaine, pleine de jours et de temps comme l’esprit des choses, de légende aussi.
Un tableau n’enseigne rien ; il attire, il surprend, il exalte, il mène insensiblement et par amour au besoin de vivre avec le beau ; il lève et redressez l’esprit, voilà tout.

Bibliographie
Les peintres du rêve en Bretagne ( collectif)
Un été avec Geneviève Asse ( Silvia Baron Supervielle)
A soi même, journal ( Odilon Redon)
Charles Fromuth, journal d’un Américain à Concarneau ( Musée de la pêche)

A suivre..... Gauguin et la belle Angèle.....

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