Accueil > ACTUALITES > En attendant..... le jour d’après..... /5

 

 

En attendant..... le jour d’après..... /5

  • La belle Angèle
  • Angélique Satre

Durant les quelques semaines (?) qui nous séparent du « jour d’après », la galerie Stephan propose de vous raconter des histoires courtes sur la peinture bretonne.

Paul Gauguin et la belle Angèle.

Angèle Cannevet ( 1868-1932) travaille dès son plus jeune âge dans le débit de boissons de ses parents . Dès 1865, la déferlante de peintres à Pont-Aven entraîne l’ouverture d’une multitude de ces débits. ( on évoque alors un bistrot pour 40 habitants !).
Elle devient Angélique Satre en épousant le futur maire de Pont Aven de 9 ans son aîné.
- Curieux destin que celui de cette jeune femme dont le portrait célébrissime est vu par des milliers de visiteurs au musée d’Orsay aujourd’hui.
- Curieux destin que celui de cette femme, dont la beauté, reconnue par ses pairs dans son village de Pont-Aven, va la propulser dans la grande histoire de la peinture.
- Curieux destin enfin de cette femme dont le surnom affectueux, la Belle
Angèle, devient celui d’une icône de la modernité picturale issue de l’école de Pont-Aven.

Retraçons en quelques lignes, l’histoire de ce destin exceptionnel :

En 1888, Gauguin est à Pont-Aven. Nous avons vu dans une histoire précédente qu’il loge chez la Mère Gloanec. Il fréquente bien sûr le café d’ Angélique , qui jouxte la pension Gloanec, où il est plutôt bien vu …. On lui fait crédit !
Angélique, 30 ans après, dans les années 1920, raconte : Gauguin était bien doux et bien misérable et nous l’aimions bien. Seulement, à cette époque là, sa peinture effrayait un peu. Il disait toujours à mon mari qu’il voulait faire mon portrait.
Angélique finit par accepter, malgré les réticences du début, la proposition : elle posera pour le rapin. Maintes fois, elle se rend dans l’atelier, avec son beau costume de fête et la belle coiffe de Pont-Aven qui a tant séduit les artistes de l’époque. Les séances sont longues et son impatience à découvrir le tableau fini est grandissante ! Gauguin refuse de montrer l’œuvre en cours d’exécution. .. Toujours 30 ans plus tard , elle raconte : pendant qu’il travaillait, il ne voulait jamais me laisser regarder sa toile parce qu’il disait qu’on ne peut se rendre compte de rien pendant que le tableau est en cours.
On peut imaginer l’impatience de la jeune femme, sûre de sa beauté ( tout le monde le lui dit ! ) , à se découvrir sur la toile du maître ! Réticente au début , elle finit peut- être par être flattée d’avoir un portrait d’elle, fixant cette beauté pour toujours !
Le travail avance, Angélique ne sait toujours pas à quoi ressemble son portrait.... Mais il semble que Gauguin l’ai montré à d’ autres peintres et que la rumeur va bon train avec des commentaires peu flatteurs !! C’est donc, déjà contrariée qu’elle le découvre....La déception est à la hauteur de sa colère : Mais quand il me l’a montré, je lui ai dit : « quelle horreur » et qu’il pouvait bien le remporter, car je ne voudrais jamais de ça chez moi.
Il faut savoir que le portrait est loin d’être académique.. . Gauguin a découpé le buste d’Angélique au moyen d’un cercle, sur un fond à caractère essentiellement décoratif. ( procédé emprunté aux estampes japonaises ).
En bas, à gauche, est inscrit en toutes lettres : La Belle Angèle. A gauche toujours, une poterie péruvienne ( souvenir d’enfance de l’artiste).
Inspiration toute japonaise pour ce portrait où Gauguin décide de tout oser.
Catherine Puget ( conservatrice du musée de Pont-Aven) souligne une autre inspiration possible : celle de l’enseigne de l’hôtel Julia où se découpe également une bretonne dans un cercle. Néanmoins le fait est que le tableau, atypique, reste un subtil mariage entre, l’audace de la technique et le côté traditionnel d’une femme prenant la pose en costume régional.

On peut imaginer que chacun est dépité : le modèle, par ce tableau qu’il ne peut comprendre et le rapin, par le rejet de son œuvre !
Malgré cet accueil plutôt froid et parce que Gauguin a toujours cru à ses recherches et à son travail.... Il montre la toile à son marchand du moment : Théo Van Gogh. Celui ci, dans une lettre à Vincent commente : C’est un portrait disposé sur la toile comme les grosses têtes dans les crépons japonais.Il y a un portrait en buste et puis le fond … La femme ressemble un peu à une jeune vache, mais il y a quelque chose de si frais que c’est bien agréable à voir.
Bien sûr, l histoire ne s’arrête pas là et le tableau va connaître un autre destin... celui d’entrer à tout jamais dans la grande histoire de la peinture.

Itinéraire d’un tableau  :
. Le 22 Février 1891, le tableau est acquis par Degas à l’hôtel Drouot où certaines œuvres de Gauguin sont dispersées. Degas conservera l ’œuvre jusqu’à sa mort.
. En 1918, le célèbre galeriste Vollard achète l’ œuvre lors de la dispersion des collections de Degas.
. En 1927, Vollard fait don du tableau au musée du Louvre. L’œuvre est alors exposée au musée du Luxembourg.
. Aujour’hui, le tableau est exposé au musée d’Orsay.

Angélique Satre, dite La Belle Angèle, a donc connu un destin exceptionnel....
« simple » aubergiste, son nom est dorénavant connu du monde entier .

Bibliographie :
« Les aubergistes bretonnes » Bernard Boucheix
Gauguin catalogue de l’exposition Grand-Palais – 1989.

A suivre...... Gauguin et la fête Gloanec......

Galerie Stephan ~ 66 rue du Maréchal Joffre ~ 22700 Perros-Guirec ~ tel : 02 96 23 38 63 ~ couriel : galeriestephan@gmail.com