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En attendant.....le jour d’après...../6

  • La Fête Gloanec
  • Pension Gloanec

Durant les quelques semaines ( ? ) qui nous séparent du « jour d’après », la galerie Stephan propose de vous raconter des histoires courtes sur la peinture bretonne.

Gauguin et La Fête Gloanec.

Qu’est ce que La Fête Gloanec ?
Un tableau !!
Voici son histoire :

Nous avons vu dans de précédentes histoires, l’ attachement des peintres à leurs hôtesses....
En Août 1888, Gauguin offre un tableau à la Mère Gloanec à l’occasion de sa fête. Il semble vraisemblable qu’il s’agisse du 15 Août, le peintre voulant célébrer la fête patronyme de l’aubergiste.
Presque filialement, notre rapin témoigne ainsi de son affection pour cette femme si accueillante.

Une nature morte d’une nouveauté radicale.

La fête Gloanec dite aussi Nature morte, « Fête Gloanec » est une huile sur toile de taille moyenne : 38x53 .
. Il s’agit d’une nature morte posée sur un guéridon.
. Ce guéridon appartient au mobilier de l’auberge Gloannec , Emile Bernard l’a aussi représenté dans une de ses toiles. ( Nature morte au pichet).
.Sur le plateau sont disposés des poires, un bouquet de soucis avec un bleuet et des marguerites, un gâteau ( ou peut-être un tas de crêpes.. .. ? ) et quelques fruits divers, oranges, pêches, prunes.
. Sur le rebord du plateau, inscrit en toutes lettres : Fête Gloanec.
C’ est donc à partir d’objets simples, d’une réalité certainement observée à l’auberge, que l’artiste exécute cette toile audacieuse.

Pourquoi ce tableau est-il audacieux ?

. Il est audacieux d’abord par la manière dont Gauguin se positionne par rapport à la scène : il surplombe la composition, ce qui est tout à fait inhabituel dans des natures mortes plus académiques.
. Il est audacieux par son plan extrêmement resserré.... Jusqu’à compliquer la perception et l’identification des divers objets de la scène.
. Il est audacieux, par son inspiration toute japonaise, la scène étant « coupée » par le cadre de tous bords.
. Il est audacieux par le rouge vermillon du plateau qui irradie toute la toile.
. Il est audacieux parce que les divers objets de la composition, fruits, bouquet, gâteau, semblent flotter dans cet aplat rouge. On ne peut d’ailleurs s’empêcher de penser à La vision après le sermon …. Tableau commencé début Août 1888, donc précédant de quelques jours l’œuvre qui nous intéresse ici. Il est alors tentant de supposer que Gauguin, porté par ces aplats de rouges, si nouveaux, les « travaille » en même temps sur les deux tableaux... 
. Il est audacieux par les cernes noires du gâteau et des fruits.
. Il est audacieux, car Gauguin n’a encore rien peint de tel ( ni personne, d’ailleurs ). Il est au début de ses recherches....

Dans le catalogue de l’exposition Gauguin au Grand Palais en 1988 le commissariat de l’exposition souligne que cette nature morte est un exemple somptueux de sa nouvelle liberté, (celle de Gauguin) de son nouveau style partiellement cloisonniste... L’œuvre est une parfaite illustration de ce que les jeunes artistes d’alors voyaient en Gauguin : le créateur d’une peinture qui soit « essentiellement une surface plane recouverte de couleurs en un certain ordre assemblées » comme le proclamera deux ans plus tard le jeune Maurice Denis.
En un mot, le tableau est révolutionnaire.

La petite histoire de ce tableau :

Néanmoins quand notre artiste offre la fête Gloanec à la Mère Gloanec, celle ci ,encouragée par d’autres peintres plus académiques, hostiles à Gauguin, et fréquentant également son auberge... Refuse le cadeau.
Gauguin use alors d’un subterfuge .. . Presque enfantin.
Madeleine Bernard, sœur d ’Emile Bernard séjourne aussi à Pont-Aven. Madeleine est jeune, douce et belle, appréciée de tous, Gauguin en est d’ailleurs amoureux.... la Mère Gloanec ne pourra refuser l’ œuvre d’une jeune fille si charmante....Gauguin, comme un potache, signe alors la toile : Madeleine B .
La manœuvre est excellente, puisque l ’hôtesse finit par accepter le cadeau ! Ne s’offusquant plus du tout de ce qu’elle jugeait naïf et maladroit ….. Puisque cela vient d’une débutante....
Est elle vraiment dupe ?
En tout cas, le tableau est exposé à l’auberge.... !

Vers 1900, Maurice Denis achète l’œuvre à Marie Jeanne Gloanec. L’œuvre restera assez longtemps en sa possession. Il raconte beaucoup plus tard , que la Mère Gloanec lui avait affirmé ne pas avoir été dupe du subterfuge de Gauguin.....
Mais cela, on ne le saura jamais...

Claire Bernardi précise dans le catalogue d’exposition de Pont -Aven que La Fête Gloanec a joué un rôle important dans la diffusion de la pensée plastique de Gauguin, et a probablement été utilisée ensuite, au même titre que Le Talisman d’ailleurs,à des fins d’enseignement à l’académie Ranson.

La Fête Gloanec, fait partie des tableaux qui inscrivent Pont-Aven dans la modernité.
La Fête Gloanec est visible au Musée des Beaux Arts d’ Orléans.

Bibliographie :
Catalogue de l’exposition Gauguin Grand Palais 1988
Catalogue de l’exposition Le Talisman de Sérusier Musée de Pont- Aven 2018 .

A suivre......Les peintres de la nuit.......

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