Accueil > ACTUALITES > En attendant..... le jour d’après.... /7

 

 

En attendant..... le jour d’après.... /7

  • Yan' Dargent - Les vapeurs de la nuit
  • Yan' Dargent - Les lavandières de la nuit

Durant les quelques semaines (? ) qui nous séparent du « jour d’après » la galerie Stephan propose de vous raconter des histoires courtes sur la peinture bretonne.

Les peintres de la nuit

Au Centre Pompidou-Metz, en 2018, une très belle exposition « Peindre la nuit » traite ce thème. En exergue du texte du catalogue d’exposition, un court poème d’Eugène Guillévic donne le ton :
Il fait nuit ?
Ça dépend.
Ça dépend de quoi ?
De nous.

En 2019, l’exposition estivale de la ville de Perros- Guire, « Infinies lumières de Bretagne » consacre une de ses salles d’exposition et un chapitre de son catalogue, Le paradoxe des nocturnes, aux peintres de la nuit.
La Bretagne n’échappe donc pas à ce romantisme de la nuit. Mais n’y a t il rien d’autre que du romantisme dans cette addiction à peindre la nuit ?

Peindre la nuit ….. Une addiction.

Les artistes ont toujours peint la nuit.....
. Dès le XVII e siècle les peintres du clair-obscur s’en donnent à cœur joie.....Rembrandt et Le Caravage en sont les Maîtres. Tout au long de ce XVIIe, apparaissent également de nombreux paysages plus ou moins fantastiques se situant la nuit.

. A l’avènement du romantisme, le clair de lune est un sujet récurrent et nombreuses sont les toiles évoquant cette temporalité : paysages lacustres, sous -bois, bords de mer, châteaux, ruines.... Ces thèmes deviennent les sujets privilégiés d’une peinture toute imprégnée de romantisme littéraire.

. A la fin du XIXe, lors de son séjour à l’asile du monastère de St Rémy de Provence, Vincent Van Gogh peint en 1889, La nuit étoilée. Il reprendra ce sujet maintes fois.

. Au début du XXe siècle, d’autres peintres prennent le relais et choisissent la ville, pleine de lumières artificielles et de néons pour évoquer ce thème de la nuit.
Claude Monet, qui réside à cette époque à Londres peint la ville nocturne et ses lumières depuis la fenêtre de son hôtel : Leicester Square. En 1900.
Auguste Chabaud, à Paris, choisit la nuit à de multiples occasions : ce sont les enseignes criardes ou les chaires blanches des protagonistes qui viennent réveiller ses scènes nocturnes et urbaines .

.Les surréalistes cultivent aussi ce thème de la nuit. La nuit, chez eux, est physique ou imaginaire, entre rêve et réalité. Dans un demi sommeil , des séances créatives exaltent ce thème nocturne.

En Bretagne, nous retrouvons égalemment ce thème de la nuit.

La Bretagne et le sujet « nuit »....quelques noms :

Ferdinand Loyen Du Puygaudeau ( 1864-1930). est le peintre qui, sur nos côtes, a sans doute préféré le plus la nuit, ainsi que le clair-obscur.
Ami de Gauguin, il ne s’est jamais laissé tenter par le synthétisme. Il s’installe définitivement dans la presqu’île Guérandaise en 1908 au manoir de Kervaudu.
Dès le début de sa carrière, il exécute de nombreuses toiles aux lumières artificielles : apparaissent alors, des scènes de feux d’artifice, des fêtes nocturnes aux lampions, des manèges de nuit, des scènes plus intimistes où les personnages sont éclairés à la lumière des bougies. Il renoue ainsi avec la grande tradition du clair -obscur.
Il joue aussi des contrastes, dans de nombreuses représentations de villages nocturnes, entre l’obscurité totale de la nuit et quelques fenêtres où l’on devine, par la lueur d’une lampe allumée, une présence humaine qui rassure.
A la fin de sa vie, abandonnant le sujet nuit, il multiplie les couchers de soleil sur la mer dans des lumières parfois irréelles.

Emil -Benediktoff Hirschfeld ( 1867-1922). Est ce son tempérament russe, avec toute l’exubérance slave que cela sous entend, qui lui fait tant aimer la nuit.. ?
Hirschfeld fait partie de nombreux artistes russes qui cherchent l’inspiration en Bretagne. Notre artiste découvre Concarneau en 1891. Il y réside jusqu’à sa mort. Au cimetière de Concarneau, une haute croix orthodoxe signale sa tombe.
Le port de la ville et ses bateaux deviennent sa principale source d’inspiration avec une préférence très marquée pour la tombée de la nuit. On peut se questionner bien sûr sur ce que lui apporte ce choix de la nuit.... ? Assurément, mystère, formes et contours inquiétants, métamorphose d’un univers si familier le jour, et donc plus banal....

Marion Zylberman (née en 1957) . Cette artiste également présente dans notre exposition perrosienne, aime peindre la nuit. A Penmarch, où elle est installée, elle remplit des carnets de nuit, explorant la côte, équipée d’une lampe frontale. A n’en pas douter, la nuit est source pour elle d’un rapport privilégié entre réflexion, philosophie et cosmos.

La liste des peintres ,séjournant en Bretagne depuis la fin du XIXe siècle jusqu’à nos jours, et ayant peint la nuit est évidemment beaucoup, beaucoup plus longue ! Les trois artistes cités ci dessus n’ayant été pris qu’à titre d’exemple au milieu d’une multitude. On pourrait citer également dans le même thème :
Yan’Dargent (1824-1899), Bernard Buffet ( 1928-1999), Jean Yves Couliou ( 1916-1995), Claude Marks ( actif entre 1899 et 1915), Auburtin,Jean Even (1847-1925)……
Tous ont pris à titre personnel cette remarque du critique Auguste Dupouy, adressée au peintre Hirschfeld :

Le grand poème qui compose la lumière défaillante du crépuscule ou de la lune, avec les nuages, les vagues, l’espace, la solitude... 

Tous ont ressenti la force de la nuit qui tantôt métamorphose, tantôt élève, tantôt trouble, tantôt séduit....

Bibliographie :
« Peindre la nuit » catalogue exposition centre Pompidou-Metz (collectif)
« Infinies lumières de Bretagne » ( Denise Delouche Marie Stephan)

A suivre.....les peintres et la mer.....

Galerie Stephan ~ 66 rue du Maréchal Joffre ~ 22700 Perros-Guirec ~ tel : 02 96 23 38 63 ~ couriel : galeriestephan@gmail.com