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En attendant .... le jour d’après.... /8

Durant les quelques semaines ( ? ) qui nous séparent du « jour d’après » la galerie Stephan propose de vous raconter des histoires courtes sur la peinture bretonne.

Les peintres et la mer.

Les peintres qui découvrent la Bretagne au XIXe siècle ont-ils tous répondu à l’injonction d’ Odilon Redon ( 1867-1915) ?
Peintres, allez donc voir la mer. Vous y trouverez les merveilles de la couleur et de la lumière, le ciel étincelant. Vous sentirez la poésie des sables, le charme de l’air, de l’imperceptible nuance. Vous en reviendrez plus forts et remplis de grands accents.
Armand Guillaumin ( 1841-1927) lorsqu’il gagne une somme rondelette grâce à une loterie, alors qu’il vit chichement à Paris, s’exclame :
Chic, je vais pouvoir peindre la mer !

Force est de constater que la mer est un attrait irrésistible.

Envisageons d’une manière chronologique, dans une énumération loin d’être exhaustive, les sensations et le ressenti des artistes face à la mer :

Eugène Boudin ( 1824-1898) vient pour la première fois en Bretagne en 1855. Il a épousé une bretonne et découvre la région de sa jeune femme. Très rapidement, la lumière devient son unique préoccupation et le cœur de ses investigations. Cette lumière que tous les impressionnistes vont essayer de saisir, de capter et qui est démultipliée par les réverbérations marines.
Le ciel est immense et devient plus immense au moment où nous avançons en pleine mer... La mer d’un ton sombre et assez semblable à du verre fondu dans lequel on aurait jeté des acides colorés.

Emmanuel Lansyer ( 1835-1893) fréquente Douarnenez dès les années 1860. La mer est omniprésente dans ses toiles . Il en fait un poème :
Sauvage, âpre, farouche, ou mollement sereine
Ton ire ou ta douceur est attirante, ô mer
J’écoute ta voix tendre ou terrible, ô sirène
Le rythme cadencé de ta plainte éternelle
Est comme la chanson charmeuse et maternelle.
Traînant jusqu’à mes pieds ta lame paresseuse,
Chante encore, chante-moi ton antique berceuse ,
Endors- moi dans le long murmure de tes flots .

Claude Monet ( 1840-1926) débarque au port du Palais à Belle-Ile le 12 Septembre 1886. Il y séjourne 10 semaines, exécutant 39 tableaux qui ont tous la mer pour thème, sauf un : La Pluie, exposé aujourd’hui, au musée de Morlaix. Dans ses lettres, évoquant sa démarche sérielle, il parle sans cesse de la mer :
La mer est incomparablement belle et accompagnée de rochers fantastiques..... L’esprit tente de comprendre cet univers sans mesure, pour guider la main qui va essayer de traduire l’intraduisible.
C’est une jouissance pour moi de voir cette mer en fureur.
Cette mer, de toute beauté, mais d’une fameuse difficulté.

Maurice Denis (1870-1943) lorsqu’il arrive pour la première fois à Perros Guirec avec Marthe, est emballé par le paysage marin :
J’arrive ici en train, très épris de tout ce que je vois, enchanté plus que jamais de cette nature sobre et de cette mer si colorée.

Louis Cylkow ( 1877-1934) fait partie des nombreux peintres polonais qui découvrent la Bretagne.
Il séjourne à St Jean du Doigt . Chez lui, la mer, souvent calme, sert de véritable miroir au ciel :
Le ciel et l’eau... Les deux éléments se complètent admirablement. Je suis de ceux là qui croient qu’il suffit d’un horizon marin sur lequel se pose un décor vivant de nuages pour faire un excellent tableau.
La mer devient ici l’élément qui exacerbe le ciel.

André Marchand (1907-1997) découvre la Bretagne et précisément Belle-Ile, après avoir peint sa Provence natale et les plages du midi. La mer prend ici toute son importance :
C’est l’océan qui me regarde et non moi qui regarde l’océan.

Charles Lapicque (1898-1988) peintre navigateur et peintre de la marine, la mer est l’élément dans lequel il vit, respire, s’inspire. Au large de Bréhat, à bord de son Cormoran de Carantec, Flying Fox, il observe chaque jour cette force de la nature tantôt déchaînée, tantôt si calme :
Certains jours, elle invite au repos, à la méditation devant les flaques miroitantes qu’elle abandonne en se retirant... aucun ton n’est alors assez plat, aucune couleur assez tendre, aucune intentionnalité assez immobile pour en apporter le souvenir sur la toile.

Jules- Emile Zingg (1882-1942) lui, n’a jamais vu la mer quand il arrive sur nos côtes en 1914 par les hasards de l’exode.
Une inquiétude sourde m’envahissait en découvrant ces landes désolées couvertes d’ajoncs. Une profonde tristesse et une intense poésie s’en dégageaient, la terre semblait implorer un ciel indifférent et morne. Déjà le paysage n’était plus terrien et l’approche d’une immense surface d’eau troublait mon organisme de montagnard.
Très vite, « cette immense surface d’eau » va l’inspirer, le transporter, le faire évoluer dans son travail et surtout générer un renouvellement spectaculaire de sa thématique.

Bernard Buffet( 1928-1999) a été inspiré par la Bretagne tout au long de sa vie. S’il a peint les ports, les églises, les coiffes des femmes autochtones, il a aussi beaucoup peint la mer. Les premières toiles datées de 1948, démarrent une longue démarche sérielle de mers calmes, tumultueuses, diurnes ou nocturnes. Il aime se confronter à l’immensité maritime.
Le dernier tableau, Tempête en Bretagne, peint en 1999 juste avant de mourir, évoque une mer noire, déchaînée, aux oiseaux menaçants et de mauvaise augure.
Lydia Harambourg dans son livre « Bernard Buffet et la Bretagne » évoque le poète lituanien Milosz :
Quand tu te sentais seul et abandonné devant la mer, songe qu’elle devait être la solitude des eaux dans la nuit, et la solitude de la nuit dans l’univers sans fin.

Peintres, allez donc voir la mer........

Bibliographie :
« Monet à Belle-Ile » Denise Delouche
« L’impressionnisme d’après Pont-Aven » Jacqueline Duroc
« Le bel été des peintres » Denise Delouche
« Lapicque » René Le Bihan
« Eugène Boudin et la Bretagne » Denise Delouche
« Lansyer, le maître du Luminisme » Diane de Blacas
« Bernard Buffet et la Bretagne » Lydia Harambourg

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