Alice BAILLY
Alice BAILLY
Alice Bailly (1872-1938)
Les peintres et Perros-Guirec
Lande au dessus de la mer, Ploumanac’h été 1912.
Alice Bailly naît dans une petite commune aux portes de Genève le 25 février 1872, dans une famille de la bourgeoisie genevoise.
Jeune fille, elle acquiert une formation artistique en Suisse. En tant que femme dans un milieu d’études réservé aux hommes, elle fait face à une discrimination fondamentale. C’est en 1904, en arrivant à Paris, qu’a lieu sa vraie naissance de peintre. A la fin de l’année 1904, elle partage un appartement à Montparnasse avec une compatriote et trouve un atelier personnel au 117 rue Notre- Dame -Des Champs… elle s’adonne à la gravure. Au cours de sa vie, Alice changera régulièrement d’appartement et d’atelier
Dès 1906, elle s’ouvre au fauvisme. En 1907, elle fait un premier séjour en Bretagne à St Brieuc. Elle en rapporte des études de gravures aux couleurs fauves.
En 1909, débute une amitié profonde, féconde et pleine d’échanges avec Cuno Amiet et sa femme Anna.
Entre 1910 et 1912 Alice opère une mue stylistique spectaculaire au contact des cubistes de Montparnasse:
En 1911, première allusion au cubisme dans une lettre écrite à Amiet: elle vient de découvrir au Salon des indépendants d’avril un ensemble d’oeuvres cubistes qui la laisse perplexe… Et pourtant, une année plus tard, Alice expose au même Salon des indépendants du printemps 1912, dans la salle des cubistes… et semble assimilée au cubisme par ses pairs.
L’année 1912 est également marquée par un séjour estival en Bretagne. Alice découvre avec une certaine jubilation, le littoral rocailleux de la côte de granit rose de Perros-Guirec.
Au Salon d’automne de 1912, contre toute attente, elle expose deux toiles: Bacchanale dans les rochers et Joueuses d’osselets, toutes les deux situées à Ploumanac’h. Le cubisme de 1912 d’Alice est un cubisme synthétique, nourri de la leçon de Cézanne et de réminiscences nabies. Les formes géométrisées sont simplifiées. Les masses sont identifiées par des aplats de couleur, parfois délimitées par les cernes noirs chers aux Nabis. Simplification des plans, composition qui découpe les formes, simplification des règles de la perspective classique.
Au fil des œuvres, Alice évolue vers le futurisme, dans un cubisme coloré qui la caractérise. Dans ce cubisme évolutif, des transparences chromatiques, propres à l’orphisme, l’associent à Robert et Sonia Delaunay.
En 1913, de nombreuses expositions cubistes sont organisées en Europe mais aussi à Moscou ou à L’Armory Show à New-York. Alice, quant à elle, participe à la diffusion du cubisme en Suisse.
Si c’est à Paris qu’elle axe sa carrière, le retour en Suisse durant toute la Première Guerre mondiale, coupée de ses attaches parisiennes et du milieu artistique de Montparnasse, est une période très difficile.
Dès 1916, apparaissent les premiers tableaux-laine…. exploration systématique des potentialités de la laine. Elle peint avec la laine comme elle le fait avec l’huile, en troquant le pinceau contre l’aiguille.
En 1918, elle fait la connaissance de Werner Reinhart qui devient son mécène. Amoureuse éconduite, elle fait également connaissance, dans l’entourage de ce dernier, du poète Rainer Maria Rilke. Une amitié se construit, sur la base de leur admiration réciproque.
Après la guerre, l’appel de Paris est très fort et Alice retourne vers la ville phare. Entre Paris et Lausanne, Alice établit des relations nouvelles avec les milieux littéraire et musical. Jusqu’en 1933, parallèlement à son appartement de Lausanne, elle loue durablement un atelier à Paris, 5 rue Delambre. Dès lors, les allers-retours entre Lausanne et le véritable aimant qu’est pour elle Paris, seront réguliers.
En 1927, intégrée dans la bourgeoisie locale suisse, elle peint ses premiers portraits mondains.
En 1932, une exposition itinérante dans différentes villes suisses, à l’occasion de ses 60 ans et baptisée par elle: exposition du Centenaire, lui apporte la reconnaissance et la notoriété tant attendue dans son pays natal.
En 1934 et 1936, Alice s’investit dans des commandes officielles de décorations murales, notamment pour le Théâtre municipal de Lausanne avec deux œuvres majeures : Entracte et La forêt enchantée.
Jusqu’en 1935 plusieurs voyages en Italie et quelques séjours durables à Paris ponctuent la vie d’Alice.
Le 3 janvier 1938, Alice Bailly décède.
Une fondation Alice Bailly est crée, présidée par Werner Reinhart.
*
L’oeuvre, présentée aujourd’hui dans notre galerie, s’inscrit dans la douzaine d’oeuvres réalisées l’été 1912 à Ploumanac’h : aquarelles, huiles, techniques mixtes.
Le littoral rocailleux, mais aussi la chapelle de Notre Dame de La Clarté, l’église St Jacques, sont des sources d’inspiration pour Alice. Alice peint sur le motif.
Comment est-elle arrivée à Ploumanac’h, seule? Une réponse est plausible: Elle fréquente depuis presque une année les cubistes de Montparnasse. Henri Le Fauconnier qui connaît Perros-Guirec pour y avoir séjourné en 1907, est à l’époque une figure majeure de Montparnasse. On ne peut imaginer qu’Alice ne l’ai pas rencontré…. sans doute lui a t il vanté le paysage extrêmement singulier de cette côte de granit rose… Alice, à la recherche de sujets nouveaux pour expérimenter son cubisme naissant, se laisse tenter par la Bretagne pour la deuxième fois.
Lande au dessus de la mer, Ploumanac’h 1912 est une technique mixte. La palette très colorée signe le cubisme d’Alice. L’oeuvre peinte sur le motif, est à la fois réaliste et fortement architecturée par des plans imbriqués. Cernes noirs et hachures colorées participent à la modernité de l’oeuvre. En ligne d’horizon, très haut, les Sept Iles et la mer bleue, intemporelle.
Alice s’inscrit donc dans l’histoire des peintres de Ploumanac’h.
N’oublions pas qu’Alice a précédé, d’une année, le collectif de six peintres et amis, à savoir: Henri Le Fauconnier, Yves Alix, Hermann Lismann, Conrad Kickert, Thadée Makowski, André Favory qui sont venus, en groupe, confronter leurs théories cubistes au paysage rocheux de Ploumanac’h l’été 1913.
Les étés 1912 et 1913 font de Ploumanac’h le seul lieu de Bretagne où un collectif d’ artistes expérimentent les théories cubistes face à la singularité d’un paysage breton.
On peut admirer les œuvres d’Alice Bailly dans de nombreux musées suisses dont le Musée cantonal des Beaux-Arts de Lausanne.
Notre galerie a l’immense plaisir de présenter ce rarissime et très coloré paysage de Ploumanac’h peint en 1912 par Alice Bailly.
Bibliographie: Alice Bailly, la fête étrange. Paul-André Jaccard éditions 5 continents
Pour en savoir plus: Une histoire d’amour… Les peintres et Perros-Guirec. Marie Stephan catalogue exposition Perros-Guirec- Maison des Traouïero du 4 Juillet au 6 septembre 2026
Besoin d’évaluer votre œuvre ?
Demander
une expertise
66 rue du Maréchal Joffre22700 Perros-Guirec